Repère de temps

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Lundi 28 septembre 2009
Extrait des pensées qui m'ont empêchée de dormir cette nuit.


Je ne suis pas quelqu'un de dur, ni de méchant ; la méchanceté, elle me blesse, elle me hérisse, elle me tue. J'ai plaisir à croire que je pourrais aider autrui, mais autrui juge-t-il mon aide appréciable?
Je vis avec cette once de douleur qui me pique dès que je la touche du doigt ; désemparée face à une souffrance que je ne peux apaiser, je me contente d'observer, en refoulant mes larmes, cette âme qui se débât contre elle-même.
Désespérée devant une bulle de douleur dans laquelle je ne peux pas entrer, dans laquelle je n'ai pas ma place. Une bulle que j'aimerais crever, pour que toutes les larmes s'écoulent, et finissent par sécher.

Mes douleurs à moi sont cadenassées, j'apprends à vivre avec elles, des paroles qui tout les jours me font mal et qui, il n'y a pas si longtemps que ça, me faisaient pleurer, maintenant me font juste hausser les épaules. Mais la blessure est là, et elle saigne, en silence.
Il ne faut pas dire que l'on souffre, dire à quelqu'un "tu m'as fait mal", c'est être un enfant ; un adulte ne doit pas montrer qu'il a mal, qu'il a besoin d'affection, d'un calin. Alors je cesse d'en demander, car si j'en demande, le rejet n'est jamais loin, et le rejet me tue...
Il ne faut pas dire qu'on est jaloux, c'est empêcher de vivre ; il ne faut pas dire qu'on a mal, c'est être faible ; il ne faut pas dire que l'on aime, car quand le rejet est là, même dans les petites choses "anodines", c'est un morceau de coeur qui pourrit.
Et toutes ces blessures, dire qu'elles sont guéries par un simple sourire, un simple "je t'aime", une simple attention, un geste "anodin", mais qui suffit à dire ce qu'on ne veut pas mettre en mots.

Et les souvenirs qui remontent me font tergiverser sur tout ce qui a fait ce que je suis maintenant, et cette impression diffuse que la brisure de l'année dernière a fait s'effondrer tous les masques que j'ai pu porter ; maintenant, je ne sais plus, porter un masque. Je réapprends, parce que la réalité fait que si l'on se dévoile tel que l'on est, même devant les personnes qui devraient le plus comprendre, le mieux savoir, et bien on saigne. On saigne de toutes ces petits coupures superficielles qui ne guérissent presque pas, et qui laissent des cicatrices violacées sur une peau tuméfié de ces coups que nous nous infligeons à nous-même. Porter un masque est douloureux, mais bien moins que de ne pas en avoir.
Ou est-ce plutôt l'inverse? Dans ce monde où tout n'est qu'apparence, où l'on prône le "retour à l'origine", où il est bon d'être "soi-même", quelle place pour ceux qui ne savent plus qui ils sont?

Se prendre en main, aller de l'avant, quel intérêt, si tout les encouragements que l'on a ne sont que des repproches ou des remontrances, des insultes, des répliques qui font baisser cette "self-esteem" après laquelle on court sans arrêt.
Suis-je si peu digne d'estime ou d'intérêt?
Que faire, comment réagir, sentir qu'on en a le droit, quand les moindres mots émis sont réduits au silence...
Une voix forte, voilà ce qu'il faut, un caractère, c'est pas mal non plus.

Et les mots résonnent dans mon crâne, rebondissent sur des parois de verre ou de cristal, et les sons se réverbèrent, s'amplifient, et je n'entends plus rien, je ne vois plus rien, si ce n'est cette douleur, cette petite flamme ensanglantée que j'entretiens malgré moi, et ces mots qui m'emprisonnent, qui me scellent à l'intérieur de moi-même, ces mots prononcés âr des voix que je ne connais que trop bien, et pire encore, par ma propre voix..
Mais j'ai la clé du cadenas.

Pourquoi faire montre d'autorité, quand bien même cela s'avère inutile, dépassé? Affirmer un territoire qui n'existe plus.

LAISSEZ MOI GRANDIR.

Laissez-moi être moi-même, pleurer quand les larmes viennent, je n'ai pas sufisamment pleurer dans ma vie pour qu'on se permette de m'en empêcher à présent... laissez-moi faire le deuil de ces morceaux de moi qui pourrissent et dont je dois me débarrasser. La cassure de l'année dernière saigne encore, laissez-moi la suturer, en paix. Je voudrais qu'on me laisse grandir, qu'on me laisse être ce que je suis, j'aimerais qu'on cesse de me juger, si rire et chanter, sourire et plaisanter n'est que l'apannage des enfants, alors je refuse d'être adulte.
Laissez-moi être ce que je suis, laissez-moi grandir, je ne suis pas une coquille vide d'intelligence, cessez de me descendre plus bas que terre, je vaux autant que vous, et je vous le montrerai, mais avant cela, laissez mes ailes pousser en paix, au lieu de les rogner avec vos dents affamées, affamées de larmes et de désespoir.
Est-ce si jouissif, si merveilleux que d'écraser un poussin sorti de l'oeuf? Ne vous souvenez-vous donc pas que vous avez vous aussi été faible et que l'on vous a vous aussi écrasé?
Rafraichissez vos mémoires, vous qui vous êtes construits seuls ; n'avez vous pas rêvé d'une main tendue, d'un soutien?
Alors pourquoi ne devenez-vous pas ce soutien, dont moi j'ai besoin? Plutôt que de me regarder de haut en m'écrasant de vos talons, vous qui êtes si forts...
Mais si vous ne voulez pas, tant pis, je me débrouillerais seule, puisque c'est ainsi que les forts deviennent fort. On ne grandit qu'avec la souffrance.

Ma tête va exploser, je veux dormir, juste dormir, j'aimerais que ces pensées se taisent, qu'elles disparaissent.
J'aimerais que ces mots qui m'enchaînent tombent, et me laissent sortir de mon cachot.

"Perdues dans les couloirs sombres tapissés de pourpre, mes pensées déambulent dans l'immensité de mon Manoir.
Mon ciel pleure des larmes de pluie, à travers les nuages couleur ivoire,
J'aperçois l'ombre d'une personne, qui mieux que moi-même, je connais ;
Le reproche d'être stupide, dénuée de compréhension,
Et ce sentiment rejoindra ma bulle d'émotions.
Les chaînes se brisent, et dans mon ventre naît un besoin d'aide que je ne peux pas formuler.
Les doutes ténébreux et le silence de catacombes sont comme un cancer ; peut-on le soigner?
Et la nuit s'étend sur tout ce que j'ai pu être, sur tout ce que j'étais ;
Hypnos, mon ami, vient donc m'envelopper de ton manteau aux lourdes effluves de mort ;
Ton frère ne m'intéresse pas.
Je m'envolerai, au delà des nuages de désespoir, vers un rivage de galets gris ; je m'en sortirais.
Mais les mots, eux, resteront gravés à jamais."

............


Et voilà. Pensées bien noires, heureusement que ce n'est que passager et assez rare que je tombe comme ça dans mes vieux démons. J'avais besoin de les sortir, une manière d'exorciser tout ça. Bravo si vous avez tout lu, et rassurez-vous, je ne vous demande pas de comprendre, et ceux qui s'y aventureraient risqueraient de comprendre de travers. Mais bon, je me sens mieux maintenant, plus légère. Je vais pouvoir attaquer la journée en toute sérénité.

Et je tenais à finir sur ce poème espagnol (traduit en français, muhahahaha) extrait de la pièce de Pedro Calderon de la Barca, pièce de théâtre intitulé "La vie est un songe" (La vida es sueño), et les derniers mots sont mes préférés, absolument magnifiques, je m'en souviens de tête (et pourtant je l'ai lu dans mon bouquin de français quand j'étais en première...)  :

"Qu'est-ce que la vie? Un délire.
Qu'est donc la vie? Une illusion.
Une ombre, une fiction ;
Le plus grand est bien peu de chose,
Car toute la vie n'est qu'un songe,
Et les songes, rien que des songes."
Par Shunrya
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Me, Myself and I

  • shunrya
  • : Shunrya
  • : 05/10/1990
  • : Bienvenue dans mon monde. Ici, vous lirez ma vie, juste ma vie, et ma foi, pas grand-chose d'autre. Des coups de gueule, des explosions de joie... Welcome.
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